Lands of Murders : un polar sombre, poisseux, et splendide

Adaptation allemande de La Isla Minima, Lands of Murders nous transporte au début des années 90 dans l’ancienne RDA. Un polar sombre, poisseux, signé Christian Alvart, de toute beauté.

Début des années 90, l’Allemagne est tout juste réunifiée. Deux flics enquêtent sur la disparition de deux adolescentes dans un trou perdu non loin de Rostock (ancienne Allemagne de l’Est). L’un, Patrick Stein (Tristan Pütter) vient de « l’Ouest », est consciencieux, déterminé, et respectueux des règles. L’autre, Markus Bach (Felix Kramer), est un ancien de la Stasi, et applique des méthodes plus « personnelles », notamment lors des interrogatoires. Et leur enquête va très vite déboucher sur une histoire beaucoup plus sordide.

Nora von Waldstätten, le 11 février 2017 à Berlin. (c) Gianfranco Zanin

Le cadre choisi colle idéalement au polar sombre. Un coin de RDA aussi paumé que lugubre, entre marécages et bâtiments délabrés, le tout baigné par une absence de lumière d’hiver. Les plans, la photographie, les vues aériennes multiples sont tout simplement splendides. Techniquement, Alvart nous en met plein la vue. Si le scénario est somme toute assez banal, la force de Lands of Murders réside dans son duo de flics. Une sorte de buddy movie auquel on a ôté toute trace de comédie. Au travers de leur relation, transpire le climat social de l’époque, où « l’Ouest » a hérité du boulet Est-allemand. Les investisseurs de « l’Ouest » sont accusés de piller un « paradis socialiste » que tout le monde cherche pourtant désespérément à fuir. Stein, avec sa grosse Mercedes au pays des Traban, n’est clairement pas le bienvenu, sauf pour ceux qui peuvent y voir un moyen de fuir ce trou à rat. C’est le cas du personnage interprété par Nora von Waldstätten. Bach, dont il faut saluer l’excellente interprétation par Felix Kramer, est l’archétype de l’allemand de l’Est, ou du flic de polar à l’ancienne comme on les aime. Bâti comme un bûcheron, veste en cuir et lunettes noires, la nouvelle démocratie en vigueur ne lui a pas fait oublier ses méthodes de travail « d’avant ». De ce duo se dégage une réflexion entre le Bien et le Mal, et là encore Alvart ne tombe pas dans le cliché : Stein n’est pas tout rose, et Bach n’est pas tout noir.

Ce Lands of Murders nous rappelle avec plaisir que le polar à l’ancienne est un genre encore possible de nos jours, et quand il est, comme ici, magnifiquement monté, c’est une totale réussite. Porté par des personnages forts, et dans des décors lugubres et glauques, Christian Alvart signe un film de toute beauté.

Lands of Murders, en salles depuis le 22 juillet.

Credit photos (c) KMBO.

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